Les matériaux des mosquées soudanaises : entre tradition, durabilité et identité
Les mosquées de style soudanais du nord ivoirien ne sont pas seulement des lieux de prière. Ce sont aussi des chefs-d’œuvre d’architecture vernaculaire, bâtis avec des matériaux locaux, durables et porteurs de sens. Comprendre ces matériaux, c’est comprendre l’âme du patrimoine. Voici un aperçu des éléments qui composent ces édifices classés au patrimoine culturel national.
Le banco : la terre comme fondation
Le banco est un mélange de terre argileuse, d’eau et parfois de fibres végétales. Il constitue le matériau principal des murs :
- Il est abondant, économique et écologique
- Il offre une excellente régulation thermique
- Il permet des formes sculptées et des finitions lissées
Les mosquées comme celles de Kouto, Ganhoué ou Tieningboué sont entièrement construites en banco, avec des techniques transmises de génération en génération.
Le bois : structure et spiritualité
- Les poutres de soutien
- Les minarets coniques
- Les tiges de palmier insérées dans les façades (servant à la fois d’échafaudage et d’ornement)
Ce bois, souvent issu d’essences locales comme le karité ou le néré, est choisi pour sa résistance et sa symbolique. Il relie la mosquée à la forêt sacrée et à l’ordre cosmique.
Les fibres végétales : souplesse et finition
Les fibres de rônier, de palmier ou de mil sont utilisées pour :
- Les toitures
- Les cordages
- Les éléments décoratifs
Elles apportent souplesse, légèreté et une touche artisanale aux finitions. Leur usage témoigne de l’ingéniosité des bâtisseurs et de leur adaptation aux conditions climatiques.
Un savoir-faire communautaire
La construction d’une mosquée soudanaise est un acte collectif :
- Les maîtres bâtisseurs (souvent appelés “maçons du patrimoine”) dirigent les travaux
- Les jeunes apprennent en observant et en participant
- Les anciens transmettent les gestes et les chants rituels
Ce savoir-faire est un patrimoine immatériel à part entière, que le Secrétariat Exécutif s’engage à documenter et à transmettre.
Vers une restauration respectueuse
Toute restauration ou intervention sur une mosquée classée doit :
- Utiliser les matériaux d’origine ou leurs équivalents
- Respecter les techniques traditionnelles
- Être validée par le Ministère de la Culture et le Secrétariat Exécutif
Des formations sont en cours pour renforcer les capacités locales en conservation du patrimoine en terre.




